 Politique 2012/4/9
Dans un entretien qu'il a accordé à notre confrère Guineenews, le Général Sékouba Konaté, ancien-Président de la transition en Guinée, revient sur les activités de la Force Africaine en Attente (FAA) qu'il préside, parle de ses relations avec le Président Alpha Condé, aborde la crise au Mali, revient sur la "petite guerre" qui l'oppose au capitaine Moussa Dadis Camara, l'ancien chef de la junte. Le Général Konaté décoré récemment à Addis-Abeba par la France, n'a pas oublié, non plus, de parler des 22 millions de dollars qui ont disparu des caisses de la BCRG. Lisez !
Général Sékouba Konaté : Bonsoir.
Merci de nous recevoir chez vous ici.
Pas de quoi.
Depuis que vous avez quitté la Guinée, vous êtes ici à Addis-Abeba, où vous êtes à la tête de la force africaine en attente. Comment les choses se passent au niveau de cette Institution ?
Les choses se passent très bien au niveau de cette institution.
A votre arrivée à la tête de cette institution, quel est le rôle qui vous a été assigné. Disons, quelle est votre feuille de route ?
Ma mission est purement politique et diplomatique. Elle consiste à aller voir nos partenaires, les chefs d’Etat africains, faire le plaidoyer et sensibiliser afin qu’ils puissent apporter leur contribution pour la mise en place rapide de la force africaine en attente.
La mise en place rapide, vous disiez. Et pendant ce temps, ça ne va pas sur le continent. Le dernier cas en date, est celui du Mali. Actuellement, vous êtes impuissants devant cette situation du Mali. Depuis Addis-Abeba où vous êtes, Comment est-ce que vous observez la situation du Mali et quelle lecture en faites-vous, lorsqu’on sait quelque part, qu’il vous revenait de résoudre cette situation ?
Attention ! Je vous ai déjà montré la maquette de la force africaine. Vous savez, elle est divisée en cinq brigades. Il y a l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique Centrale, l’Afrique australe et enfin l’Afrique de l’Est.
Il revient d'abord à la CEDEAO de prendre les dispositions nécessaires. Concernant l’Union Africaine, vous avez entendu la position du président de la commission de l’Union Africaine. Cette position est celle de tous ceux qui sont sous l’égide de l’Union Africaine.
A y voir de près, c’est la CEDEAO qui doit intervenir pour le moment au Mali.
Tout à fait!
Hier (l'interview a été réalisée le 5 avril), vous avez été élevé par la France au grade de commandeur de la légion d’honneur. Que ressentez-vous après cette distinction ?
C’est un sentiment de grandeur, un sentiment de fierté pour moi et mes compagnons d’arme, pour le peuple de Guinée et enfin pour l’Afrique.
Hier, nous étions à la résidence de l’ambassadeur de France, aucune autorité guinéenne n’était présente. Leur avez-vous envoyé des invitations ?
Bien sûr ! Je leur ai envoyé des invitations.
Malheureusement, elles ne sont pas venues.
Cela dépend d’elles.
Je sais que nous avons une ambassade ici. Est-ce que vous êtes en contact avec l’ambassadeur de Guinée en Ethiopie ?
Depuis que je suis venu ici, l’ambassadeur m’a rendu visite une fois. Il m’a par la suite invité chez lui. Depuis lors, je n’ai pas de contact avec lui.
Nous avons appris que vous étiez frustré par l’absence des autorités guinéennes à cette cérémonie de décoration.
Non ! Pas du tout ! Frustré ? Mais toi-même tu as vu hier. Tu étais là-bas où le monde entier était présent. Vous connaissez la Guinée et vous savez comment notre pays fonctionne. Sinon, moi je vois très mal le fait que quelqu’un qui vient et qui organise les élections, qui donne la liberté aux gens ; après cinquante années, il n’y a pas eu d’élections, il n’y a pas eu de démocratie. Quelqu’un qui fait ça, c’est autre chose ! Mais les gens, je ne sais pas ce qui est dans leur tête !
On est habitué au mensonge, à la démagogie et autres choses. C’est pour cela que la Guinée est toujours derrière. Sinon les gens qui ont fui le pays, où ils étaient ? Vous-même vous avez vu après le 28 septembre (Ndlr, allusion faite au massacre du 28 septembre 2009), je les ai fait rentrer au pays. Tous, je les ais sécurisés. Puis j’ai organisé les élections. Si ceux-là n’arrivent pas à m’honorer, je crois que c’est la volonté de Dieu. Dieu jugera un jour.
Là vous parlez déjà de votre passage à la tête de la Guinée. En deux mots, comment est-ce que vous êtes arrivé à la tête de la Guinée, lorsqu’on sait que vous dites partout que vous n’aimez pas le pouvoir...
(Il interrompt). Il faut dire, on dit partout. Ce n’est pas de moi.
Vous dites qu’on vous a forcés à venir. Qui vous a forcés à venir ?
Je dis que c’est la communauté internationale, les politiciens guinéens et le peuple de Guinée. Et le patriotisme qui m’a animé, c’est tout ! Sinon à Ouaga déjà, quand on partait pour les accords, je ne voulais pas. J’avais ma lettre de démission avec moi.
Je vous ai dit que je suis bien né, j’ai grandi dans une famille aisée. Le pouvoir pour nous, ce n’est pas comme ça ! On veut vivre une vie tranquille. Ceux qui disent maintenant que le général est comme si, comme ça, c’est des gens affamés et assoiffés de pouvoir. C’est tout ! Kouyaté vous a dit hier que : « quitter le pouvoir, ce n’est pas facile. Mais celui qui le quitte volontairement, il faut quand même le lui reconnaitre ». Vous avez vu la communauté internationale. Vous étiez là hier à la cérémonie de décoration. Vous avez vu, c’est la communauté internationale qui était présente. Ça déjà, c’est beaucoup !
Depuis un moment, votre prédécesseur à la tête de la Guinée, je veux parler du capitaine Moussa Dadis Camara qui, depuis Ouagadougou, se fait entendre. Et malheureusement, chaque fois qu’il fait ses sorties, ce sont des invectives qui vont directement à l’endroit du général Sékouba Konaté. Comment est-ce que vous recevez ces invectives du capitaine Moussa Dadis Camara ?
J’ai déjà répondu une fois. Je ne répondrai pas deux fois. C’est un non événement. Selon les conseils des chefs d’Etat africains et mes proches, ils m’ont dit de ne plus répondre (Il appuie sur le mot). Et je ne répondrai plus. Parce que, j’ai d’autres activités qui m’ont été confiées par l’Union Africaine et la communauté internationale. Donc, je m’en tiens à cela.
On sait que ça ne va pas actuellement entre vous. Mais, doit-on s’attendre un jour à ce que les choses aillent le général Sékouba Konaté et le capitaine Moussa Dadis Camara dans le cadre de la réconciliation en Guinée ?
Vous savez que nous sommes des musulmans, et compte tenu de notre éducation et de notre religion, vous avez vu que nous écoutons bien sûr nos proches, nos parents, Dieu et tout. Vous dites réconciliation ? Chez moi, il n’y a pas de problème. Je n’ai pas de haine contre mon prochain. Je l’ai dit, nous, on ne nous trahit pas. Quiconque nous trahit, tombera dans le trou. Dans notre famille, on nous a toujours dits de ne jamais trahir. Allons-y, continuons, si Dieu nous donne longue vie et la santé, la vérité triomphera.
Bien avant le capitaine Moussa Dadis Camara, un de ses hommes de main, je veux parler du colonel Moussa Keita, a lui aussi fait une sortie. Cela lui avait d’ailleurs valu une privation de liberté, il a d’ailleurs eu à séjourner en prison pendant un petit moment, parce qu’il vous accusait d’avoir détourné les vingt-deux millions de dollars d’une société minière. Qu’en est-il réellement ?
(...) J’avais déjà expliqué cela. Vingt-deux millions de dollars ? (Il s’exclame !). Mais si j’avais cette somme, tu crois que j’allais venir m’asseoir ici (Ndlr, Addis-Abeba) et travailler si j’avais vingt-deux millions de dollars ? C’est une baliverne ça. J’ai eu à répondre... Vous avez lu, j’ai donné les explications exactes et précises !
Hier, au cours de la cérémonie de décoration, vous avez disiez que vous avez laissé le pays « dans de bonnes mains », et qu’il fallait que le travail continue. Vous avez aussi parlé des législatives. Vous avez dit qu’il fallait qu'elles se passent dans la transparence et la crédibilité. Aujourd’hui, nous peinons à les organiser. Pourtant, il était dit que six mois après la tenue de la présidentielle, il fallait que nous partions à ces législatives. La Côte d’Ivoire a fini avec "ses" législatives, bientôt le Sénégal qui vient d’élire son président aura bientôt un parlement. Que pouvez-vous dire à ces politiques guinéens pour que nous puissions enfin sortir de cette transition ?
Ce n’est pas moi qui ai dit que j’ai laissé la Guinée dans de bonnes mains hein ! Que j’ai bien organisé… C’est l’ambassadeur de France, vous avez écouté ce qu’il a dit. J’ai accompli ma mission. Ce que moi j’avais comme mission, c’était l’organisation des élections présidentielles à partir des accords de Ouagadougou. Je me suis acquitté de mon devoir en tant que militaire.
Dans un moment, nous serons à la fin de cette émission. Mais nous aimerons savoir comment est-ce que vous passez vos journées ici à Addis-Abeba ?
Je les passe paisiblement et tranquillement. Je me réveille à six heures (Ndlr, six heures du matin). A huit heures, je suis déjà au bureau. A dix sept heures, je fais du sport jusqu’à dix-neuf heures. A dix-neuf heures, je prends un bain avant de suivre des émissions.
Dernière question. Certains disent que l’atmosphère entre le président de la République, Alpha Condé et vous n’est pas au beau fixe. Est-ce vrai ?
Bon ! Ce sont les gens qui le disent. Moi en tout cas je suis dans ma position.
Est-ce que vous êtes en contact avec le président Alpha Condé?
Bien sûr que de temps en temps, je suis en contact avec lui.
Vous-vous parlez au téléphone ?
(Il durcit le ton). Pas tout le temps ! Vous savez, moi, je n’aime pas déranger les gens. A moins qu’on me dérange ! C’est ça ! Sinon moi je n’aime pas déranger.
Mon général, vous parcourez le monde entier. Partout, vous êtes honoré, vous le disiez tout à l’heure. Au Congo, au Rwanda, en France, au Canada… Malheureusement depuis lors vous n’êtes pas encore arrivé en Guinée. Qu’est-ce qui vous empêche...
Dis-donc ! Rien ne m’empêche d’aller en Guinée. Je suis né en Guinée, j’ai grandi en Guinée et j'ai passé tout mon temps là-bas. Donnez-moi aussi le temps de connaître d’autres contrées. (Rires). C’est ça ! La Guinée ne va jamais fuir. Je connais la Guinée comme ma main. Je suis né là-bas, j’ai grandi à Conakry 1 et j’ai passé tout mon temps là-bas. C’est pourquoi, quand j’étais président de la transition, j’ai profité de l’occasion pour voyager un peu partout.
Mon général merci. Avant de terminer, vous avez carte blanche. Peut-être qu’il y a quelque chose que vous vouliez dire, mais qu’on n’a pas évoqué au cours de cette interview. Donc, vous avez carte blanche. Regardez cette caméra et adressez-vous à toutes ces personnes qui vous suivent de par le monde.
D’abord, c’est un message de remerciements. Je demanderai aux gens de cesser de mentir, de cesser d’être démagogue. Le mensonge et la démagogie se paient ici (Ndlr, sur la terre). Je demanderai la réconciliation, la tolérance et la paix entre les fils de la Guinée.
Votre perception de la presse guinéenne...
Je lis tous les sites. On sait qu’il y a la division. (...) Parce que je sais que la plupart, c’est des alimentaires. Ou bien, ils sont divisés. Il y en a qui sont pour tels partis ou d’autres. Or le journaliste, c’est l’objectivité. Il faut toujours dire la vérité et aller au fond fin, à la recherche de la vérité. Vous voyez les autres journalistes africains.Prenez le cas de la Côte d’Ivoire, du Gabon, hein ! Africa 24, France 24 ! Ils vont à la recherche de la vérité. Mais chez nous c’est autre chose. Tant qu’on sera dans cette optique, nous ne pourrons pas nous en sortir dans le domaine de la presse. Il suffit que tu donnes un peu d’argent seulement à un gars qui est là, il écrit du n’importe quoi. Mais le pays ne va pas continuer comme ça ! La génération montante, vous devez vous battre. Quand j’étais au Rwanda, j’ai vu une nouvelle génération aux affaires. Cette génération ne se laisse pas manipuler. Voilà !
Mon général, merci de nous avoir reçu chez vous ici.
Merci à vous aussi.
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